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Biographie

Tara Shakti construit une peinture de la présence retenue. Chez elle, la figure n’est jamais donnée comme une identité à déchiffrer, mais comme un seuil : visible, frontale, parfois monumentale, elle conserve toujours une part qui échappe au regard. À travers cette tension entre apparition et retrait, l’artiste fait du portrait un espace de résistance à la lecture.

Autoportrait de l'artiste malgache contemporaine Tara Shakti, archivée sur la Lune pour le Lunar Codex project de Samuel Peralta, NASA

Autoportrait, 2024 huile sur lin, 162 x 130 cm

Artiste peintre contemporaine malgache née à Madagascar et basée à Paris, Tara Shakti développe une pratique figurative centrée sur la présence humaine. Formée à l’Accademia d’Arte di Firenze puis au marché de l’art à l’École Drouot à Paris, elle construit depuis plusieurs années une œuvre picturale qui se déploie à travers différents ensembles, d’Archives à Opacités.

Son travail a été présenté en France et à l’international et a reçu plusieurs distinctions, parmi lesquelles le Mosaic Exposé Award à New York, le ZAMA Award, une Medal of Recognition de l’Ambassade de Madagascar et, en 2025, la Médaille d’Argent de la Société académique Arts-Sciences-Lettres.

Cinq de ses œuvres ont également été sélectionnées pour la Polaris Collection du Lunar Codex, projet international réunissant des créations contemporaines destinées à être conservées sur la Lune.

Parallèlement à sa pratique d’atelier, Tara Shakti mène une activité curatoriale et exerce des responsabilités de direction dans le secteur de l’art contemporain à Paris. Elle dirige International Art Gallery Paris et développe A.M - Art in Motion anciennement Artistes Malgaches), initiative curatoriale consacrée aux artistes contemporains et aux échanges artistiques internationaux.

Démarche artistique

L’ART DU SILENCE

Ma peinture part d’une question qui revient sous des formes différentes : que peut révéler une image sans épuiser celui ou celle qu’elle représente ?

​Je travaille principalement autour de la figure humaine, mais le portrait ne m’intéresse pas comme exercice de ressemblance ou comme moyen de rendre une identité entièrement accessible. Ce qui m’importe se situe précisément dans l’écart entre voir et connaître. Une figure peut se tenir devant nous, soutenir notre regard, occuper presque toute la surface de la toile, et pourtant demeurer profondément irréductible à ce que nous croyons comprendre d’elle.

C’est dans cet espace que se construit mon travail.

​La frontalité, l’immobilité, le vêtement, le regard, les textiles, le paysage ou le vide ne sont jamais de simples éléments formels. Ils organisent différentes distances entre le sujet et celui qui l’observe. Certaines figures semblent proches et pourtant inaccessibles ; d’autres se retirent derrière une posture, une matière ou un silence. Je cherche moins à raconter leur histoire qu’à laisser percevoir qu’une histoire existe au-delà de ce que l’image accepte d’en révéler.

L'artiste peintre malgache Tara Shakti dans son atelier parisien, devant ses oeuvres de la série Opacités

Le silence traverse ainsi l’ensemble de ma pratique. Je ne l’envisage pas comme une absence de parole, mais comme une forme de présence. Il peut contenir une mémoire, protéger une identité, porter une tension ou résister à la nécessité constante d’expliquer. Dans un monde saturé d’images et d’informations, je m’intéresse à ce qui demeure lorsque l’on refuse de tout rendre immédiatement lisible.

 

Cette position engage également ma manière de représenter la violence.

Dans Archives, consacrée à la traite humaine et aux formes contemporaines d’asservissement, je ne cherche pas à montrer la brutalité de manière spectaculaire. Représenter la souffrance ne doit pas conduire à reproduire symboliquement la domination exercée sur le sujet. Les femmes peintes conservent donc leur dignité, leur présence et leur autonomie. La violence existe, mais elle apparaît à travers ses traces, ses contraintes invisibles et ce qu’elle laisse derrière elle plutôt qu’à travers sa mise en scène directe.

Cette question du regard se déplace ensuite vers la mémoire et la transmission.

Dans Heritage, mon héritage malgache n’est pas traité comme un répertoire décoratif ou folklorique. Textiles, gestes, figures et symboles constituent les fragments d’une culture vivante, susceptible de se transmettre, de se transformer ou de disparaître. Il ne s’agit pas de reconstruire un passé intact mais d’interroger ce qui demeure de lui dans le présent.

Avec The Quiet Ones, je retire à des souverains, conquérants et figures mythologiques ce qui les rend habituellement reconnaissables : l’action, la bataille, le geste héroïque. Une fois privés du spectacle de leur puissance, il reste des corps, des regards, parfois de la vulnérabilité. Leur autorité ne repose plus sur ce qu’ils accomplissent, mais sur la manière dont ils occupent silencieusement l’image.

 

Dans L’Éloge du silence, la figure partage davantage l’espace avec le paysage. Madagascar et le Japon s’y rencontrent à travers des jardins imaginaires, des textiles, des paniers, des végétaux et des espaces laissés vacants. Le vide y devient essentiel. Il n’est plus ce qui reste après la composition : il fait partie de la composition. Il produit une respiration, une attente, parfois un vertige. Le paysage devient alors capable de porter la mémoire et la présence autant qu’un visage.

Opacités constitue aujourd’hui la forme la plus dépouillée de cette recherche. Les signes se raréfient. Le contexte narratif disparaît progressivement. Restent la figure, le vêtement, la posture et le regard. La personne représentée est pleinement visible mais ne devient jamais transparente. L’opacité n’est pas ici synonyme de dissimulation : elle désigne le droit fondamental de tout individu à ne pas être entièrement interprété, possédé ou défini par le regard d’un autre.

D’un corpus à l’autre, je cherche ainsi moins à produire des réponses qu’à maintenir certaines questions ouvertes.

 

Que reste-t-il d’une identité lorsqu’on retire les catégories qui prétendent l’expliquer ?
Comment une mémoire survit-elle à l’effacement ?
Comment transmettre sans figer ?
Comment représenter sans posséder ?

Mon origine malgache constitue l’une des matrices de cette recherche, mais elle n’en définit pas les frontières. Elle entre en dialogue avec l’histoire, le déplacement, d’autres cultures et des préoccupations qui dépassent toute géographie : la dignité, la mémoire, la visibilité, le pouvoir du regard et ce qui, dans un être humain, demeure toujours hors d’atteinte.

Peindre devient alors pour moi une manière de rendre une présence visible sans lui retirer son mystère.

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